jeudi 15 janvier 2015

Tarif du stationnement à Paris, une hausse qui ne passe pas









Avant les terribles attentats de la semaine dernière, le principal sujet de conversation sur les marchés parisiens était, après l’interdiction des feux de cheminée, heureusement levée, la hausse du tarif du stationnement à Paris : toutes sensibilités confondues, une hausse qui ne passe pas auprès de nos concitoyens.


Pourquoi ? 
Paris, comme toutes les collectivités locales de France, a vu ses ressources baisser avec la diminution des dotations de l’Etat. Il manquait 400 millions d’euros
Le 18 décembre 2014, le Conseil de Paris adopte un budget qui fait preuve d’« une maîtrise sans précédent des dépenses de fonctionnement et un effort important pour préparer l’avenir, sans augmenter les impôts des Parisiens » souligne Julien Bargeton, adjoint à la Maire en charge des finances. 
Pas d’augmentation des impôts locaux certes, mais une hausse vertigineuse des tarifs dits préférentiels réservés aux titulaires de la carte de stationnement résidentiel qui, de gratuite, devient payante pour les ménages imposables (45 euros par an, 90 euros pour trois ans). Ils bondissent de 3,5 euros par semaine (65 centimes par jour) à 9 euros, soit une hausse de 180% environ. 
Les non-parisiens contribuent encore davantage. Les visiteurs payent 4 euros de l'heure dans le centre de la capitale, contre 3,60 auparavant (avant 2001, le tarif était de 15 francs, c’est à dire 2,30 euros par jour). Les tarifs doublent dans le reste de la capitale, à 2,40 euros de l'heure. 
Une tarification qui se rapproche des capitales européennes, des tarifs aujourd’hui plus élevés à Paris qu’à Amsterdam, mais inférieurs à Londres (6 euros l'heure). Les visiteurs et les résidents payent une heure de plus par jour, entre 19 et 20 heures, y compris le samedi et en même août.

Actuellement, 240 000 parisiens sont titulaires de cette carte qui permet d’accéder à 140 000 places de stationnement disponibles dont 75% sont occupées par des véhicules qui ne roulent pas. Bref, le système mis en place en 2001 de coût abordable du stationnement en surface aurait trop bien fonctionnée selon l’adjoint en charge des questions de déplacement, Christophe Najdovski (EELV). Le but est de désencombrer l’espace public. Cette hausse permet de rapprocher les tarifs des places en surface de ceux des parkings souterrains afin d’inciter les automobilistes à y garer leurs voitures, et ainsi d’améliorer la « rotation des places ». Les tarifs préférentiels dans 50 parcs de stationnement souterrains concédés de la Ville de Paris seront maintenus. En revanche, il est difficile de trouver un forfait en dessous de 100 euros par mois. 
Dans le même temps, on apprend que la Ville lance, le 22 décembre 2014, une grande consultation auprès des Parisiens car Paris veut tripler le nombre de déplacements à vélo d’ici 2020. Utile mais sans doute pas au niveau d’un vaste transfert des modes de déplacements qui ne sont pas substituables. Une famille parisienne se transporte plus facilement en voiture qu’à vélo.

Le Parisien de mardi 6 janvier évoque une colère des parisiens, BFM TV traite le sujet, les réseaux sociaux s’en emparent. Pas un mot de cette hausse en revanche sur le site de la Ville, à la rubrique « taxes, impôts ». 
Le blog du chroniqueur politique Bruno Roger-Petit, consulté par près de 80 000 personnes, évoque une mesure « suicidaire ». Car, davantage d’une nouvelle politique des déplacements urbains, qui tourne le dos à celle conduite en 2001, c’est bien une recette de poche, estimée à 50 millions, qui semble être l’objectif. Pour équilibrer le budget parisien, il ne fait contribuer « que » les 45% d’entre eux qui utilisent une voiture. Le problème est que les parisiens les plus modestes sont les plus frappés puisque les classes moyennes peuvent s’offrir une place de parking louée à 1200 euros par an. Pour les classes populaires, le coût passe de 169 à 468 euros. Une hausse qui annule le gain de pouvoir d’achat dû à la baisse du prix du pétrole, estimé à 240 euros pour un parisien qui consomme deux pleins par mois en utilisant sa voiture.


En septembre-octobre 2013, la candidate Anne Hidalgo se démarquait des fortes hausses fiscales nationales en annonçant qu’elle souhaitait que « Paris amortisse le choc fiscal national sur la situation des parisiens ». 
On peut chipoter aussi sur le respect de l’engagement de l’absence d’une hausse des impôts locaux, ce qui ne vaut donc pas pour les autres taxes municipales… Plus grave, on assiste à un nouveau contre-pied aux annonces de modération fiscale du Président de la République qui assure que les impôts (nationaux) n’augmenteront pas en 2015. Or, les parisiens subiront une hausse du tarif de stationnement, qui pénalise de surcroît les moins aisés. On aimerait davantage de cohérence. 
A croire aussi que certains socialistes, à Paris comme ailleurs, persistent dans une myopie qui les éloignent toujours plus des classes populaires.